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Les milles voix du globe, en leur vague harmonie,
Ont éveillé d’abord ton inculte génie ;
Aux grands accords de voix qu’on entend soupirer,
Tu sentis dans ton sein d’autres accords vibrer ;
À l’âge de douze ans, tu ne savais pas lire ;
Mais ton cœur frémissait déjà comme une lyre ;
Tu lisais dans le livre appelé l’Univers ;
Tu fus poète, avant de composer des vers ! —
Des bras de tes parents arraché par la Muse,
Tu reçus dans ton cœur la poésie infuse ! —
Quand la Muse a marqué du sceau de ses élus
Un enfant, cet enfant ne leur appartient plus ;
Consacré de ses mains, il devient comme un Ange ;
Son œil rêveur exprime une tristesse étrange ;
Son cœur est agité d’un vague espoir profond ;
Et sous un feu caché se dilate son front. —
Et je te vis alors, franchissant l’Atlantique,
T’abreuver aux torrents de la science antique ;
Et tu revins d’exil, moins triste et plus savant ;
Tu revins pour m’aimer avec un cœur fervent ! —
 Enfant rêveur, j’ai vu ta gravité précoce ;
Aujourd’hui, je te vois orné du sacerdoce ;
L’huile sainte a coulé sur tes doigts consacrés ;
Tes mains ont pu toucher l’or des vases sacrés ;
Élevant vers le ciel l’Hostie et le Calice,
Tu peux pour ta patrie offrir le Sacrifice ! —
Aux pieds d’un saint Pontife, à l’autel prosterné,
Un céleste pouvoir par Dieu te fut donné ;
Tu reçus de lui seul ton divin caractère ;
C’est lui qui de ses clefs t’a fait dépositaire ;
Aux nations parlant avec autorité,
Tu vas dans tous les cœurs semant la vérité ;
En toi, tu sens brûler de séraphiques flammes ;
Et tu peux ou lier ou délier les âmes !
Chaque jour, à ta voix, Dieu descend sur l’autel !
À ta voix, il pardonne, et l’âme monte au ciel !…
 Prêtre, ô mon fils, je t’aime ; oui, je t’aime et t’admire !
C’est aux sources d’en haut que ton âme s’inspire ;
L’Esprit qui descendit sous la forme du feu,
C’est l’Esprit qui t’embrase ; en toi, tu sens ton Dieu ;
Tu sens que pour agir et pour suivre ses traces,
Pour parler en son nom, il t’a donné des grâces ;
Il t’a donné l’esprit de courage et d’amour :
Il t’a dit : « Va prêcher, va souffrir à ton tour ;
Tu porteras ta croix jusque sur le Calvaire ;
Les yeux levés au ciel, n’attends rien de la terre !
Tu travailles pour moi, que ton cœur dilaté
Ne reçoive d élans que de la charité !
Va comme un étranger, dans le siècle où nous sommes ;
Tu seras méconnu, calomnié des hommes ;