Page:Rouquette - L'Antoniade, 1860.djvu/234

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Ils pardonnent toujours, et que toute la terre
Ne pourrait obscurcir l’astre qui les éclaire ;
Cet astre intérieur, qui, sans cesse levé,
Leur trace le chemin vers l’Idéal rêvé,
Vers le monde divin, l’éternelle patrie,
Le séjour de la paix, de l’amour, de la vie,
Où tout rêve est enfin réalisé par eux,
Tout rêve dont l’objet se cache dans les cieux,
Mais qu’ils ont dans l’exil espéré sans relâche,
Pendant le temps d’épreuve accomplissant leur tâche ?
Ils ne savent donc pas, qu’épris de l’Idéal,
Sans s’étonner, le Saint voit triompher le mal ;
Que martyr de l’envie ou de l’indifférence,
Il espère et jouit, même dans la souffrance !
Oui, martyr en ce monde, il accepte la croix,
En butte à tous les coups, sans frapper une fois !
Et sans étonnement, sans murmure, ni haine,
Endurant tous les chocs de l’injustice humaine,
Il sait qu’après l’orage éclate un jour plus pur,
Et que l’astre plus beau brille en un ciel obscur ;
Que l’or se purifie au contact de la flamme,
Et qu’après la douleur plus sainte apparaît l’âme !
Il sait, qu’en tous les temps les humbles ont régné,
Et qu’on est tout-puissant lorsqu’on est résigné ;
Que, semblable au métal qui bouillonne et s’épure,
En passant par le feu, l’homme se transfigure ! —
Jamais il ne poursuit, comme dernière fin,
Ce qui change et périt, ce qui n’est pas divin :
Le désenchantement est pour l’âme naïve,
Qui cherche sur la terre un océan d’eau vive :
Tout homme est imparfait, toute chose ici-bas
Laisse un désir dans l’âme et ne la remplit pas ;
Tout ce qu’en sa beauté la vaste terre enferme,
Du bonheur désiré ne contient que le germe ;
Sous le ciel, tout n’est qu’ombre, apparences, reflets ;
L’homme, sans voir la cause, admire les effets ;
Mais celui qui les aime y en oubliant leur Cause,
Qui, sans adorer Dieu, s’y plaît et s’y repose, —
Celui-là doit partout, jouissant tristement,
Rencontrer sur ses pas le désenchantement !
Oh ! non, aucune chose, aucune créature,
Quelque grande et suave, et quelque belle et pure r
Rien de créé ne peut, remplissant tout ton cœur,
L’envahir comme un flot d’ineffable bonheur ;
Rien ne peut l’absorber, dans l’amour et l’extase :
Dieu seul est l’océan qui peut remplir ce vase !



le poète.


Ô Nature, ô ma mère, à ta voix, qui du ciel
Semble couler en moi, comme un fleuve de miel ;