Page:Rouquette - L'Antoniade, 1860.djvu/242

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Oh ! oui, l’hymen alors est un bonheur permis !
S’étant unis en Dieu, les époux sont bénis ;
Et de cette union, de ce chaste hyménée,
On voit sortir la sainte et nombreuse liguée,
Où Dieu choisit les siens pour le cloître et l’autel,
Et tous ceux qu’en sa grâce il prédestine au ciel !
Mais… ici je me voile, et l’Ange se contriste !
D’un autre hymen Satan s’est fait l’apologiste ;
C’est lui seul qui le forme, en allumant la chair ;
Cet hymen désuni n’est qu’un fruit de l’Enfer !
Commencé par l’instinct, sans principe et sans force,
C’est un accès de fièvre éteint par le divorce ! —
Ô famille, ô foyer, ô temple de la foi,
Que deviens-tu, si Dieu se retire de toi ? —
Enfance, âge si frêle, ô première jeunesse,
Quel sera ton destin si le Serpent te blesse ;
Si le Serpent subtil se glisse en ton berceau,
S’il vient frapper au cœur le fragile arbrisseau :
Si la religion, sous les traits d’une mère,
Ne veille pas sur toi, douce fleur éphémère ? —
Dans ces temps d’égoïsme et de cupidité,
Quels ardents ouvriers bâtiront la cité ?
Si la belle jeunesse en sa fleur est flétrie,
Que deviendra l’Église, où sera la patrie ? —
Quel prophète, en ces jours, aurait assez de pleurs,
En dévoilant nos maux, pour pleurer nos malheurs ?
Quel homme au cœur serein, quel saint anachorète,
Prîra pour la patrie au fond de sa retraite ?
Ah ! la force pour nous, l’espérance n’est plus
Que dans l’austère amour d’Angéliques reclus ;
C’est dans la solitude, école du courage,
Qu’il faut chercher le saint, le héros et le sage !
Ceux qui suivent la foule ont l’esprit aveuglé,
Car l’instinct de la foule est toujours déréglé :
Heureux qui, pour garder l’esprit de discipline.
Ose suivre à l’écart l’exception divine ! —
D’un siècle plein d’audace, ô lâche Autorité,
Tu rendras compte à Dieu de ta timidité !
Hommes irrésolus, au cœur pusillanime,
Par vos concessions vous creusez un abîme ! —
Oui, vous êtes discrets ! oui, vous êtes prudents ?
Vous tremblez d’exciter l’émoi des dissidents !
Par vos demi-moyens, vos craintives mesures,
Vous rendez l’ennemi plus fier en ses allures ! —
Si quelqu’un se distingue en son ascension,
Vous êtes alarmés de cette exception ;
La singularité vous est toujours suspecte,
Et la ligne ordinaire est la seule directe :
Autrefois ou plus tard, voilà votre argument,
Pour combattre un cœur noble, un esprit véhément.