Page:Rouquette - L'Antoniade, 1860.djvu/63

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Ah ! la société, telle qu’on nous l’a faite,
N’est que la barbarie en ses habits de fête, —
État contre-nature, où la première loi,
C’est d’oublier son Dieu, pour ne penser qu’à soi !
Cette société, dont la base est impie,
N’est qu’un foyer d’orgueil et de misanthropie !
De la désunion, c’est l’attristant séjour ;
La haine y prend l’aspect et l’accent de l’amour. —
Ah ! je connais les bois et je connais les villes :
Que les civilisés sont follement serviles !

   Robe-Noire, lève-toi ;
   Prends ton Livre de vie,
   Prends ta couverte, — et suis-moi,
   De prairie en prairie !

Fuis au loin avec moi ; viens prêcher parmi nous ! —
   Des bords de la Sabine,
Je t’accompagnerai jusqu’aux bords du Yazous,
   Avec ma carabine !

Du clair Colorado, qui baigne le Texas,
   Jusqu’au grand Territoire,
Jusqu’au sol Indien, qu’arrose l’Arkansas,
   Viens prêcher, Robe-Noire !

Du Takoutché-Tessé jusqu’au Walla-Walla,
   Où je serai ton guide,
Viens jouir de la paix, qu’on ne trouve que là ;
   Viens, apôtre intrépide !

Sur le péni-louak, que commande Sarpi,
   Aux plus lointains villages,
Des saintes vérités viens égrener l’épi,
   Parmi les bons Sauvages !

Viens ! tu seras le Père aimé des Rouges-peaux !
   Dans les climats de neige,
Viens évangéliser les nomades troupeaux
   De l’héroïque Miége !

Viens porter parmi nous l’Evangile de Dieu,
   Les paroles de vie ;
Viens ! nous aurons pour guide, à toute heure, en tout lieu,
   L’étoile de Marie !…

Adieu, folles cités ! adieu, temples d’argent !
   Salut, grande nature !
Libre dans le désert, oh ! oui, que l’homme est grand ;
   Et que sa vie est pure !