Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t10.djvu/11

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LES

CONFESSIONS

DE

J. J. ROUSSEAU.



LIVRE PREMIER.


Je forme une entreprise qui n’eut jamais d’exemple, & dont l’exécution n’aura point d’imitateur. Je veux montre à mes semblables un homme dans toute la vérité de la nature ; & cet homme, ce sera moi.

Moi seul. Je sens mon cœur & je connois les hommes. Je ne suis fait comme aucun de ceux que j’ai vus ; j’ose croire n’être fait comme aucun de ceux qui existent. Si je ne vaux pas mieux, au moins je suis autre. Si la nature a bien ou mal fait de briser le moule dans lequel elle m’a jetté, c’est ce dont on ne peut juger qu’après m’avoir lu.

Que la trompette du jugement dernier sonne quand elle voudra ; je viendrai ce livre à la main me présenter devant le souverain Juge. Je dirai hautement : voilà ce que j’ai fait, ce que j’ai pensé, ce que je fus. J’ai dit le bien & le mal avec la même franchise. Je n’ai rien tû de mauvais, rien ajouté de bon, & s’il m’est arrivé d’employer quelque orne-