Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t10.djvu/252

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à Paris, jouoit du violoncelle ; l’abbé Palais accompagnoit du clavecin ; j’avois l’honneur de conduire la musique, sans oublier le bâton du bûcheron. On peut juger combien tout cela étoit beau ! Pas tout-à-fait comme chez M. de Treytorens, mais il ne s’en falloit gueres.

Le petit concert de Madame de Warens nouvelle convertie & vivant, disoit-on, des charités du Roi, faisoit murmurer la séquelle dévote, & mais c’étoit un amusement agréable pour plusieurs honnêtes gens. On ne devineroit pas qui je mets à leur tête en cette occasion ? un moine ; mais un moine homme de mérite & même aimable, dont les infortunes m’ont dans la suite bien vivement affecté & dont la mémoire, liée à celle de mes beaux jours, m’est encore chere. Il s’agit du P. Caton cordelier, qui, conjointement avec le Comte d’Ortan, avoit fait saisir à Lyon la musique du pauvre petit-Chat, & ce qui n’est pas le plus beau trait de sa vie. Il étoit Bachelier de Sorbonne : il avoit vécu long-tems à Paris dans le plus grand monde & ait faufilé sur-tout chez le M. d’Antremont, alors Ambassadeur de Sardaigne. C’étoit un grand homme bien fait, le visage plein, les yeux à fleur de tête, des cheveux noirs qui faisoient sans affectation le crochet à côté du front, l’air à la fois noble, ouvert, modeste, se présentant simplement & bien ; n’ayant ni le maintien caffard ou effronté des moines, ni l’abord cavalier d’un homme à la mode, quoiqu’il le fût, mais l’assurance d’un honnête homme qui sans rougir de sa robe s’honore lui-même & se sent toujours à sa place parmi les honnêtes gens. Quoique le P. Caton n’eût pas beaucoup d’étude pour un