Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t10.djvu/359

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


de démentir si-tôt & si haut mes propres maximes, l’emporta sur la volupté : l’orgueil eut peut-être autant de part à ma résolution que la vertu ; mais si cet orgueil n’est pas la vertu même, il a des effets si semblables qu’il est pardonnable de s’y tromper.

L’un des avantages des bonnes actions est d’élever l’ame & de la disposer à en faire de meilleures : car telle est la foiblesse humaine qu’on doit mettre au nombre des bonnes actions, l’abstinence du mal qu’on est tenté de commettre. Si-tôt que j’eus pris ma résolution je devins un autre homme, ou plutôt je redevins ce que j’étois auparavant & que ce moment d’ivresse avoit fait disparoître. Plein de bons sentimens & de bonnes dispositions, je continuai ma route dans la bonne intention d’expier ma faute ; ne pensant qu’à régler désormais ma conduite sur les loix de la vertu, à me consacrer sans réserve au service de la meilleure des meres, à lui vouer autant de fidélité que j’avois d’attachement pour elle & à n’écouter plus d’autre amour que celui de mes devoirs. Hélas ! La sincérité de mon retour au bien sembloit me promettre une autre destinée ; mais la mienne étoit écrite & déjà commencée, & quand mon cœur plein d’amour pour les choses bonnes & honnêtes, ne voyoit plus qu’innocence & bonheur dans la vie, je touchois au moment funeste qui devoit traîner à sa suite la longue chaîne de mes malheurs.

L’empressement d’arriver me fit faire plus de diligence que je n’avois compté. Je lui avois annoncé de Valence le jour & l’heure de mon arrivée. Ayant gagné une demi-journée sur mon calcul, je restai autant de tans à Chaparillan, afin d’arriver