Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t10.djvu/440

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l’instant la roue, mais les ongles ne resterent pas moins au cylindre & le sang ruisseloit de mes doigts. Fazy consterné s’écrie, sort de la roue, m’embrasse & me conjure d’apaiser mes cris, ajoutant qu’il étoit perdu. Au fort de ma douleur la sienne me toucha je me tus, nous fûmes à la carpiere où il m’aida à laver mes doigts & à étancher mon sang avec de la mousse. Il me supplia avec larmes de ne point l’accuser, je le lui promis & le tins si bien que plus de vingt ans après personne ne savoit par quelle aventure j’avois deux de mes doigts cicatrisés ; car ils le sont demeurés toujours. Je fus détenu dans mon lit plus de trois semaines, & plus de deux mois hors d’état de me servir de ma main, disant toujours qu’une grosse pierre en tombant m’avoit écrasé mes doigts.

Ma nanima menzôgna ! or quando è il vero
Si bello che si possa a te preporre ?

Cet accident me fut pourtant bien sensible par la circonstance, car c’étoit le tems des exercices où l’on faisoit manœuvrer la bourgeoisie, & nous avions fait un rang de trois autres enfans de mon âge avec lesquels je devais en uniforme faire l’exercice avec la compagnie de mon quartier. J’eus la douleur d’entendre le tambour de la compagnie passant sous ma fenêtre avec mes trois camarades, tandis que j’étois dans mon lit.

Mon autre histoire est toute semblable, mais d’un âge plus avancé.

Je jouais au mail à Plainpalois avec un de mes camarades appelé Pleince. Nous prîmes querelle au jeu, nous nous