Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/112

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Auteurs que j’ai lus il étoit pour moi le peintre de la nature & l’historien du cœur humain. Je reconnoissois dans ses écrits l’homme que le retrouvois en moi, & leur méditation m’apprenoit à tirer de moi-même la jouissance & le bonheur que tous les autres vont chercher si loin d’eux.

Son exemple m’étoit sûr-tout utile pour nourrir ma confiance dans les sentimens que j’avois conserve seul parmi mes contemporains. J’étois croyant, je l’ai toujours été, quoique non pas comme les gens à symboles & à formules. Les hautes idées que j’avois de la Divinité me faisoient prendre en dégoût les institutions des hommes & les religions factices. Je ne voyois personne penser comme moi ; je me trouvois seul au milieu de la multitude autant par mes idées que par mes sentimens. Cet état solitaire étoit triste ; J. J. vint m’en tirer. Ses livres me fortifierent contre la dérision des esprits-forts. Je trouvai ses principes si conformes à mes sentimens, je les voyois nature de méditations si profondes, je les voyois appuyés de si fortes raisons que je cessai de craindre comme on me le crioit sans cessé qu’ils ne fussent l’ouvrage des préjugés & de l’éducation. Je vis que dans ce siecle ou la philosophe ne fait que détruire, cet Auteur seul édifioit avec solidité. Dans tous les autres livres, je démêlois d’abord la passion qui les avoit dictes, & le but personnel que l’Auteur avoit eu en vue. Le seul J. J. me parut chercher la vérité avec droiture & simplicité de cœur. Lui seul me parut montrer aux hommes la route du vrai bonheur en leur apprenant à distinguer la réalité de l’apparence, & l’homme de la nature de l’homme factice & fantastique que nos institutions & nos préjugés lui