Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/14

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
4
AVERTISSEMENT

citer des faits & d’entrer dans des détails, je voyois que je ne pouvois éviter d’y mettre un air d’apologie ; & le rôle d’apologiste est trop au-dessous des sentimens de vénération que M. Rousseau m’a inspirés, pour que

    anonyme, qui a pour titre Sentimens des Citoyens, imprimée à Geneve en 1763.

    « Est-ce un Savant qui dispute contre les Savans ? non : c’est l’Auteur d’un opéra, & de deux comédies sifflées. Est-ce un homme de bien qui, trompé par un faux zele, fait des reproches indiscrets à des hommes vertueux ? Nous avouons avec douleur, & en rougissant, que c’est un homme qui porte encore les marques funestes de ses débauches, & qui, déguisé en Saltimbanque, traîne avec lui de village en village, & de montagne en montagne, la malheureuse dont il fit mourir la mere, & dont il a exposé les enfans à la porte d’un hôpital, en rejettant les soins qu’une personne charitable vouloit avoir d’eux, & en abjurant tous les sentimens de la nature, comme il avoit dépouillé ceux de l’honneur & de la Religion. »

    À ce passage M. Rousseau a répondu de la maniere suivante.

    « Je veux faire, avec simplicité, la déclaration que semble exiger de moi cet article. Jamais aucune maladie de celles dont parle ici l’Auteur, ni petite, ni grande, n’a souillé mon corps. Celle dont je suis affligé, n’y a pas le moindre rapport : elle est née avec moi, comme le savent les personnes encore vivantes qui ont pris soin de mon enfance. Cette maladie est connue de MM. Malouin, Meurent, Thierry, Daran, & du frere Côme. S’il s’y trouve la moindre marque de débauche, je les prie de me confondre, & de me faire honte de ma devise. La personne sage & généralement estimée, qui me soigne dans mes maux & me console dans mes afflictions, n’est malheureuse, que parce qu’elle partage le sort d’un homme fort malheureux ; sa mere est actuellement pleine de vie & en bonne santé malgré sa vieillesse. Je n’ai jamais exposé, ni fait exposer aucun enfant à la porte d’aucun hôpital, ni ailleurs. Une personne qui auroit eu la charité dont on parle, auroit eu celle d’en garder le secret ; & chacun sent que ce n’est pas de Geneve, où je n’ai point vécu, & d’où tant d’animosité se répand contre moi, qu’on doit attendre des informations fidelles sur ma conduite. Je n’ajouterai rien sur ce passage, sinon qu’au