Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/200

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


que de tout ce qu’il pouvoit avoir dit ou fait en public & que d’ailleurs je n’avois pas vu moi-même. C’est dans la familiarité d’un commerce intime, dans la continuité de la vie privée qu’un homme la longue se laisse voir tel qu’il est ; quand le ressort de l’attention sur soi se relâche, & qu’oubliant le reste du monde on se livre à l’impulsion du moment. Cette méthode est sure, mais longue & pénible : elle demande une patience & une assiduité que peut soutenir le seul vrai zele de la justice & de la vérité, & dont on se dispense aisément en substituant quelque remarque fortuite & rapide aux observations lentes mais solides que donne un examen égal & suivi.

J’ai donc regarde s’il régnoit chez lui du désordre ou de la regle, de la gêne ou de la liberté ; s’il étoit sobre ou dissolu, sensuel ou grossier, si ses goûts étoient dépraves ou sains, s’il étoit sombre ou gai dans ses repas, domine par l’habitude ou sujet aux fantaisies, chiche ou prodigue dans son ménage, entier impérieux tyran dans sa petite sphère d’autorité, ou trop doux peut-être au contraire & trop mou, craignant les dissentions encore plus qu’il n’aime l’ordre, & souffrant pour la paix les choses les plus contraires son goût & à sa volonté : comment il supporte l’adversité le mépris la haine publique : quelles sortes d’affections lui sont habituelles ; quels genres de peine ou de plaisir alterent le plus son humeur. Je l’ai suivi dans sa plus constante maniere d’être, dans ces petites inégalités, non moins inévitables non moins utiles peut-être dans le calme de la vie privée que le légères variations de l’air & du vent dans celui des beaux jours. J’ai voulu voir comment il se fâche & comment il appaise,s’il