Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/239

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quelque projet de gloire ou d’ambition pouvoir l’émouvoir, il le suivroit d’abord avec ardeur avec impétuosité, mais la moindre difficulté le moindre obstacle l’arrêteroit le rebuteroit le rejetteroit dans l’inaction. La seule incertitude du succès le détacheroit de toute entreprise douteuse. Sa nonchalance lui montreroit de la folie à compter sur quelque chose ici-bas, à se tourmenter pour un avenir si précaire, & de la sagesse à renoncer à la prévoyance, pour s’attacher uniquement au présent, qui seul est en notre pouvoir.

Ainsi livre par système à sa douce oisiveté, il rempliroit ses loisirs de jouissances à sa mode, & négligeant ces foules de prétendus devoirs que la sagesse humaine prescrit comme indispensables, il passeroit pour fouler aux pieds les bienséances parce qu’il dédaigneroit les simagrées. Enfin, loin de cultiver sa raison pour apprendre à se conduire prudemment parmi les hommes, il n’y chercheroit en effet que de nouveaux motifs de vivre éloigne d’eux & de se livrer tout entier à ses fictions.

Cette humeur indolente & voluptueuse se fixant toujours sur des objets rians, le détourneroit par conséquent des idées pénibles & déplaisants. Les souvenirs douloureux s’effaceroient très-promptement de son esprit : les auteurs de ses maux n’y tiendroient pas plus de place que ces maux mêmes, & tout cela, parfaitement oublie dans très-peu de tems seroit bientôt pour lui comme nul, à moins que le mal ou l’ennemi qu’il auroit encore à craindre ne lui rappellât ce qu’il en auroit déjà souffert. Alors il pourroit être extrêmement effarouche des maux à venir, moins précieusement à cause de