Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/298

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compte de ses moyens. L’homme de la nature est assujetti par elle & pour sa propre conservation à des transports irascibles & momentanés, à la colore à l’emportement à l’indignation ; jamais à des sentimens haineux & durables, nuisibles à celui qui en est la proie & à celui qui en est l’objet, & qui ne menent qu’au mal & à la destruction sans servir au bien ni à la conservation de personne ; enfin l’homme de la nature, sans épuiser ses débiles forces à se construire ici-bas des tabernacles des machines énormes de bonheur ou de plaisir, jouit de lui-même & de son existence, sans grand souci de ce qu’en pensent les hommes, & sans grand soin de l’avenir.

Tel j’ai vu l’indolent J. J. sans affectation sans apprêt, livre par goût à ses douces reveries, pensant profondément quelquefois, mais toujours avec plus de fatigue que de plaisir, & aimant mieux se laisser gouverner par une imagination riante, que de gouverner avec effort sa tête par la raison. Je l’ai vu mener par goût une vie égale simple & routinière, sans s’en rebuter jamais. L’uniformité de cette vie & la douceur qu’il y trouve montrent que son ame est en paix. S’il étoit mal avec lui-même il se lasseroit enfin d’y vivre ; il lui faudroit des diversions que je ne lui vois point chercher, & si par un tour d’esprit difficile à concevoir il s’obstinoit à s’imposer ce genre de supplice, on verroit à la longue l’effet de cette contrainte sur son humeur sur son teint sur sa santé. Il jauniroit il languiroit il deviendroit triste & sombre il dépériroit. Au contraire il se porte mieux : qu’il ne fit jamais.*

[*Tout a son terme ici-bas. Si ma santé décline & succombe enfin sous tant d’afflictions sans relâche, il restera toujours étonnant qu’elle ait résiste si long-tems] Il n’a