Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/300

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d’esprit, une vanité si puérile, un jugement si bonté, que quiconque peut s’y résoudre ne sera jamais rien de grand d’élevé de beau dans aucun genre, & que malgré toutes mes observations, il seroit toujours reste impossible à mes yeux que J. J. se donnant faussement pour l’auteur du Devin du Village eut fait aucun des autres écrits qu’il s’attribue, & qui certainement ont trop de force & d’élévation pour avoir pu sortir de la petite tête d’un petit pillard impudent. Tout cela me sembloit tellement incompatible que j’en revenois toujours à ma premiere conséquence de tout ou rien.

Une chose encore animoit le zele de mes recherches. L’auteur du Divin du Village n’est pas, quel qu’il soit un auteur ordinaire, non plus que celui des autres ouvrages qui portent le même nom. Il y a dans cette piece une douceur un charme, une simplicité sur-tout qui la distinguent sensiblement de toute autre production du même genre. Il n’y a dans les paroles ni situations vives ni belles sentences ni pompeuse morale : il n’y a dans la musique ni traits savans ni morceaux de travail ni chants tournes ni harmonie pathétique. Le sujet en est plus comique qu’attendrissant, & cependant la piece touche remue attendrit jusqu’aux larmes ; on se sent ému sans savoir pourquoi. D’ou ce charme secret qui coule ainsi dans les cœurs tire-t-il sa source ? Cette source unique ou nul autre n’a puise n’est pas celle de l’hypocrene : elle vient d’ailleurs. L’auteur doit être aussi singulier que la piece est originale. Si connoissant déjà J. J. j’avois vu pour la premiere fois le Devin du Village sans qu’on m’en nommât l’auteur, j’aurois dit sans balancer, ci est celui de la nouvelle Heloise, c’est J. J., & ce ne peut être