Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/386

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premier entretien, & sur la lecture éparse & rapide qui me désabusé sur le compte de nos Messieurs. Je n’avois commence cette lecture que par une espece de complaisance pour l’intérêt que vous paroissiez y prendre. L’opinion ou je continuois d’être que ces livres étoient d’un autre auteur ne me laissoit gueres pour leur lecture qu’un intérêt de curiosité.

Je n’allai pas loin sans y joindre un autre motif qui repondoit mieux à vos vues. Je ne tardai pas à sentir en lisant ces livres qu’on m’avoir trompe sur leur contenu, & que ce qu’on m’avoir donne pour de fastueuses déclamations, ornées de beau langage, mais décousues & pleines de contradictions, étoient des choses profondément pensées & formant un système lie qui pouvoir n’être pas vrai, mais qui n’offroit rien de contradictoire. Pour juger du vrai but de ces livres, je ne m’attachai pas à éplucher ca & la quelques phrases éparses & séparées, mais me consultant moi-même & durant ces lectures & en les achevant, j’examinois, comme vous l’aviez désire, dans quelles dispositions d’ame elles me mettoient & me laissoient, jugeant, comme vous, que c’étoit le meilleur moyen de pénétrer celle ou étoit l’auteur en les écrivant, & l’effet qu’il s’étoit propose de produire. Je n’ai pas besoin de vous dire qu’au lieu des mauvaises intentions qu’on lui avoit prêtées je n’y trouvai qu’une doctrine aussi saine que simple qui sans épicuréisme & sans caffardage ne tendoit qu’au bonheur du genre-humain. Je sentis qu’un homme bien plein de ces sentimens devoit donner peu d’importance à la fortune & aux affaires de cette vie, j’aurois craint moi-même en m’y livrant trop de tomber bien plutôt dans l’incurie & le quiétisme,