Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/66

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comme des leçons d’assassinat ; ou peut-être, vous dites, son extrême prévention pour le livre l’empêchoit-elle de les remarquer. Dites, dites, Monsieur, que vos chercheurs de poison sont bien plutôt ceux qui l’y mettent, & qu’il n’y en a point pour ceux qui n’en cherchent pas. J’ai lu vingt sois la note dont vous parlez, sans y voir autre chose qu’une vive indignation contre un préjugé gothique non moins extravagant que funeste, & je ne me serois jamais doute du sens que vos Messieurs lui donnent si je vois vu par hazard une lettre insidieuse qu’on a fait écrire à l’Auteur à ce sujet & la réponse qu’il a eu la foiblesse d’y faire, & ou il explique le sens de cette note qui n’avoit pas besoin d’autre explication que d’être lue à sa place d’honnêtes gens. Un Auteur qui écrit d’après son cœur est sujet en se passionnant à des fougues qui l’entraînent au de-la du but, & à des écarts ou ne tombent jamais ces écrivains subtils & méthodistes qui, sans s’animer sûr rien au monde, ne disent jamais que ce qu’il leur est avantageux de dire & qu’ils savent tourner sans se commettre pour produire l’effet qui convient à leur intérêt. Ce sont les imprudences d’un homme confiant en lui-même, & dont l’ame généreuse ne suppose pas même que l’on puisse douter lui. Soyez sûr que jamais hypocrite ni fourbe n’ira s’exposer à découvert. Nos Philosophes ont bien ce qu’ils appellent leur doctrine intérieure, mais ils ne l’enseignent au public qu’en se cachant & à leurs amis qu’en secret. En prenant toujours tout à la lettre on trouveroit peut-être en effet moins à reprendre dans les livres les plus dangereux