Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t11.djvu/85

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fait. On se fut épargne des embarras des soins des frais immenses, & ce tissu de piégés & d’artifices dont on le tient enveloppe. Mais la générosité de ceux qui l’ont démasque, leur tendre commisération pour lui ne leur permettant aucun procède violent, il a bien falu s’assurer de lui sans attenter à sa liberté, & le rendre l’horreur de l’univers afin qu’il n’en fut pas le fléau.

Quel tort lui fait-on, & de quoi pourroit-il se plaindre ? Pour le laisser vivre parmi les hommes il a bien falu le peindre a eux tel qu’il était. Nos Messieurs savent mieux que vous que les mechans cherchent & trouvent toujours leurs semblables pour comploter avec eux leurs mauvais desseins ; mais on les empêche de se lier avec celui-ci, en le leur rendant odieux a tel point qu’ils n’y puissent prendre aucune confiance. Ne vous y fiez pas, leur dit-on, il vous trahira pour le seul plaisir de nuire ; n’espérez pas le tenir par un intérêt commun. C’est très-gratuitement qu’il se plaît au crime ; ce n’est point son intérêt qu’il y cherche ; il ne connaît d’autre bien pour lui que le mal d’autrui : il préférera toujours le mal plus grand ou plus prompt de ses camarades, au mal moindre ou plus éloigne qu’il pourroit faire avec eux. Pour prouver tout cela il ne faut qu’exposer sa vie. En faisant son histoire on éloigne de lui les plus scélérats par la terreur. L’effet de cette méthode est si grand & si sûr que depuis qu’on le surveille & qu’on éclaire tous ses secrets, pas un mortel n’à encore eu l’audace de tenter sûr lui l’appât d’une mauvaise action, & ce n’est jamais qu’au leurre de quelque bonne œuvre qu’on parvient a le surprendre.