Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/219

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plus alors de ces hommes audacieux, qui, transportés par des passions violentes & traînant à leur suite une troupe d’esclaves, alloient attaquer des nations tranquilles, subjuguoient des peuples qui ignoroient le métier de la guerre, assujettis soient des pays où les Arts n’avoient élevé aucune barriere à leurs subites excursions ; leur valeur n’étoit que férocité, leur courage que cruauté, leurs conquêtes qu’inhumanité ; c’étoient des torrens impétueux qui faisoient d’autant plus de ravages, qu’ils rencontroient moins d’obstacles. Aussi à peine étoient-ils passés, qu’il ne restoit sur leurs traces que celles de leur fureur ; nulle forme de gouvernement, nulle loi, nulle le police, nul lien ne retenoit & n’unissoit à eux les peuples vaincus.

Que l’on compare à ces tems d’ignorance & de barbarie, ces siecles heureux, où les Sciences ont répandu par-tout l’esprit d’ordre & de justice. On voit de nos jours des guerres moins fréquentes, mais plus justes ; des actions moins étonnantes, mais plus héroïques ; des victoires moins sanglantes, mais plus glorieuses ; des conquêtes moins rapides, mais plus assurées ; des guerriers moins violons, mais plus redouté, sachant vaincre avec modération, traitant les vaincus avec humanité : l’honneur est leur guide ; la gloire, leur récompense. Cependant, dit l’Auteur, on remarque dans les combats une grande différence entre les nations pauvres, qu’on appelle barbares, & les peuples riches, qu’on appelle policés. Il paroît bien que le Citoyen de Geneve n’est jamais trouvé à portée de remarquer de près ce qui se passe ordinairement dans les combats. Est-il surprenant que des barbares se ménagent