Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/314

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origine ; sur-tout dans ces momens de repos,où l’action suspendue & refroidie laissant l’imagination tranquille, ne montre plus que la représentation au lieu de la chose, & l’acteur au lieu du personnage. Telle est, Monsieur, la triste destinée de l’homme jusques dans les plaisirs même ; moins il peut s’en passer, moins il les goûte ; & plus il y met de soins & d’étude, moins leur impression est sensible. Pour nous en convaincre par un exemple encore plus frappant que celui du théâtre, jettons les yeux sur ces maisons décorées la vanité & par l’opulence, que le vulgaire croit un séjour de délices, & où les rafinemens d’un luxe recherché brillent de toutes parts ; elles ne rappellent que trop souvent au riche blazé qui les a fait construire, l’image importune de l’ennui qui lui a rendu ces rafinemens nécessaires.

Quoi qu’il en soit. Monsieur, nous avons trop besoin de plaisirs, pour nous rendre difficiles sur le nombre ou sur le choix. Sans doute tous nos divertissemens forcés & factices, inventés & mis en usage par l’oisiveté, sont bien au-dessous des plaisirs si purs & si simples que devroient nous offrir les devoirs de citoyen, d’ami, d’époux, de fils & de pere : mais rendez-nous donc, si vous le pouvez, ces devoirs moins pénibles & moins tristes : ou souffrez qu’après les remplis de notre mieux, nous nous consolions de notre mieux aussi des chagrins qui les accompagnent. Rendez les peuples plus heureux, & par conséquent les citoyens moins rares, les amis plus sensibles & plus constans, les peres fidelles & plus vraies ; nous ne chercherons point alors d’autres plaisirs que ceux qu’on goûte