Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/430

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Nos chefs, nos magistrats, simples dans leur parure,
Sans étaler ici le luxe & la dorure,
Parmi nous cependant ne sont point confondus,
Ils en sont distingués ; mais c’est par leurs vertus.


Puisse durer toujours cette union charmante,
Hélas, on voit si peu de probité constante !
Il n’est rien que le tems ne corrompe à la sin ;
Tout, jusqu’à la sagesse, est sujet au déclin.


Par ces réflexions ma raison exercée
M’apprit à mépriser cette pompe insensée,
Par qui l’orgueil des grands brille de toutes parts,
Et du peuple imbécille attire les regards ;
Mais qu’il m’en coûta cher quand, pour toute ma vie,
La soi m’eût éloigné du sein de ma patrie ;
Quand je me vis enfin, sans appui, sans secours ;
A ces mêmes grandeurs contraint d’avoir recours.


Non, je rie puis penser, sans répandre des larmes ;
A ces momens affreux, pleins de trouble & d’alarmes,
Où j’éprouvai qu’enfin tous ces beaux sentimens,
Loin d’adoucir mon sort, irritoient mes tourmens.
Sans doute à tous les yeux la misere est horrible ;
Mais pour qui fait penser elle est bien plus sensible.
A forcé de ramper un lâche en peut sortir ;
L’honnête homme à ce prix n’y sauroit consentir.


Encor, si de vrais grands recevoient mon hommage,
Ou qu’ils eussent du moins le mérite en partage,