Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/452

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Roi, au bout du terme de deux ans le plus tard. Ce sont-là des postes,brillans & lucratifs, qu’on ne peut aillez ménager : aussi l’ai- je très- fort remercié, avec assurance que je n’épargnerai rien pour m’avancer de plus en plus dans la composition, pour laquelle il m’a trouvé un talent merveilleux. Je lui rends à souper ce soir, avec deux ou trois officiers du régiment du Roi, avec qui j’ai fait connoissance au concert. M. l’abbé Blanchard m’a prié d’y chanter un récit de basse-taille, que ces Messieurs ont eu la complaisance d’applaudir ; aussi bien qu’un duo de Pyrame & Thisbé, que j’ai chanté avec M. Duroncel, fameux haute-contre de l’ancien opéra de Lyon ; c’est beaucoup faire pour un lendemain d’arrivée.

J’ai donc résolu de retourner dans quelques jours à Chambéry, où je m’amuserai à enseigner pendant le terme de deux années ; ce qui m’aidera toujours a me fortifier, ne voulant pas m’arrêter ici, ni y passer pour un simple musicien, ce qui me seroit quelque jour un tort considérable. Ayez la bonté de m’écrire, Madame, si j’y serai reçu avec plaisir, & si l’on m’y donnera des écoliers ; je me suis fourni de quantité de papiers & de pieces nouvelles d’un goût charmant, & qui surement ne sont pas connus à Chambéry ; mais je vous avoue que je ne me soucie gueres de partir que je ne sache au vrai, si l’on le réjouira de m’avoir. J’ai trop de délicatesse pour y aller autrement. Ce seroit un trésor, & en même tans un miracle, de voir un bon musicien en Savoye ; je n’ose, ni ne puis me flatter d’être de ce nombre ; mais en cas, je me vante toujours de produire en autrui, ce que je ne suis pas moi-même. D’ailleurs, tous ceux qui se serviront de mes