Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/61

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sous les yeux une preuve sans réplique : on voit des nations dont les manieres ne sont pas façonnées, ni le langage apprêté, user de décours, de dissimulations & d’artifices, tromper adroitement, sans qu’on puisse en rendre comptables les Belles-Lettres, les Sciences & les Arts. D’ailleurs, si l’art de se voiler s’est perfectionné, celui de pénétrer les voiles a fait les mêmes progrès. On ne jugé pas des hommes sur de simples apparences ; on n’attend pas à les éprouver, qu’on soit dans l’obligation indispensable de recourir à leurs bienfaits. On est convaincu qu’en général il ne faut pas compter sur eux, à moins qu’on ne leur plaise, ou qu’on ne leur soit utile, qu’ils n’ayent quelque intérêt a nous rendre service. On fait évaluer les offres spécieuses de la politesse, & ramener ses expressions à leur signification reçue. Ce n’est pas qu’il n’y ait une infinité d’ames nobles, qui en obligeant ne cherchent que le plaisir même d’obliger. Leur politesse a un ton bien supérieur à tout ce qui n’est que cérémonial ; leur candeur, un langage qui lui est propre ; leur mérite est leur art de plaire.

Ajoutez que le seul commerce du monde suffit pour acquérir cette politesse dont se pique un galant homme ; on n’est donc pas fondé à en faire honneur aux Sciences.

À quoi tendent donc les éloquentes déclamations de M. Rousseau ? Qui ne seroit pas indigné de l’entendre assurer que nous avons les apparences de toutes les vertus, sans en avoir aucune ? Et pourquoi n’a-t-on plus de vertu ? C’est qu’on cultive les Belles-Lettres, les Sciences & les Arts. Si l’on étoit impoli, rustique, ignorant, Goth, Hun ou Vandale,