Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/284

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être pas moins pure au fond, si, comme il est vrai, la pureté de l’ame peut réparer la souillure des sens : une vertu comme la sienne est du moins beaucoup plus sûre ; & pour dire tout, elle est dans la circonstance de Julie, plus éclatante par ses effets que l’innocence même.

Il est certain qu’il n’y a qu’une idée de la nature de celle-ci qui ait pu inspirer à Wolmar le parti auquel il se porte. En même tems si cette idée n’est pas dépourvue de raison, comme on le croit, non-seulement cet acte de sa part n’étonne plus, mais encore il paroît sensé ; il a même une sorte de grandeur, parce que, tout considéré, il semble bien moins choquer les idées reçues que s’élever au-dessus d’elles, attendu que la personne de Julie & toutes les circonstances de son état sont réellement une juste exception à tous les cas ordinaires.

Sous ce point de vue, toute la conduite de Wolmar, conduite qui prouve que l’Auteur a raisonné comme on le fait penser ici, n’est plus difficile à expliquer : elle a même son principe dans cette délicatesse que d’abord elle paroît blesser. Le procédé commun eût été d’éloigner Saint-Preux de sa liaison ; un coup-d’œil supérieur enseigne à Wolmar une route opposée. Instruit de l’erreur de Julie, de la force de sa passion, sur-tout dans une ame comme la sienne, mais assuré aussi de ses vertus, persuadé en même tems de la droiture & de l’honneur de Saint-Preux, que fait Wolmar dans cet état ? Il appelle dans sa maison cet amant jadis favorisé ; il le traite aveu confiance ; il lui parle une fois & à lui seul de cette terrible particularité dans la vie de l’un & de l’autre ; après quoi, il le met en tiers entre sa femme & lui, dans ses affaires, dans son