Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/385

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un imposteur ; celui qui a renoncé à la fortune, sacrifié sa liberté, exposé sa vie par attachement à la vérité, ou aux sublimes erreurs qu’il prenoit pour elle, n’a jamais établi ce qu’il ne pensoit pas. C’est pour cela que son éloquence étoit si soutenue, si magnifique, si entraînante : l’énergie naît de la persuasion. Voilà, Monsieur, d’où il me semble que M. Olivier de Corancez devoit partir, pour nier qu’un homme de lettres eût tenu le propos cité, & non pas de sa trivialité. Il y a tel homme de lettres qui en tient de plus plats encore : je n’en veux pour preuve que l’observation niaise qui donna lieu à la belle réponse de M. de Buffon, qui lui fait encore plus d’honneur qu’à Jean-Jaques. Ne trouvez-vous pas aussi, Monsieur, que M. Olivier de Corancez releve bien foiblement la vile adresse avec laquelle M. de la Harpe insinue que M. D. excluoit Jean-Jaques de sa table, quand les gens de lettres s’y rassembloient ? Je sais qu’il y a des gens lettrés dans les classes les plus élevées de la société : mais qui sont donc les gens de lettres par état (les exceptions ne tirent point à conséquence), pour que le citoyen de Geneve ne pût être admis à manger avec eux ? Du côté de la naissance, il les valoit tous : du côté du mérite, il valoit mieux qu’eux tous. Si j’étois à la place de ce M. D. je me trompe fort, ou j’apprendrois à M. de la Harpe qu’on ne couvre pas impunément de ridicule homme qui a des commis de l’espece de J. J. Rousseau. Quant à moi, je ne pourrois admettre la vérité de ce fait si malhonnêtement allégué, qu’à l’aide de cette supposition. Si Rousseau ne dînoit pas avec les gens de lettres convives de M.D. c’est que dès-lors il les connoissoit assez pour les fuir.