Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/404

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Singuliere destinée de cet homme célebre ! il devoit donc être encore indignement persécuté après sa mort ! car c’est une nouvelle sorte de persécution ; c’est un véritable outrage à sa mémoire, que la publication de lettres qui n’intéressent personne, & qui n’ont jamais été destinées à l’impression.

Ne trouvez - vous pas, Monsieur, que ces Messieurs sont bien du bruit pour peu de chose ; & que les reproches aussi modérés que justes, que Madame D. L. M. leur fait dans la lettre qu’elle vous a adressée, prouvent que le scrupule leur vient un peu tard ? Mais en quoi consiste donc l’outrage sur lequel le zele de ces Messieurs s’échauffe si froidement ? Tout leur paroît perdu parce qu’on a publié des lettres de Jean-Jaques, qui ne sont pas écrites avec autant d’élégance & de soin, qu’il en a mis dans les ouvrages qu’il a offerts au Public, comme si la réputation de cet homme immortel n’avoit d’autre fondement que la magie de son style. Si, comme on n’en sauroit douter, on ne peut outrager la mémoire d’un Philosophe, qui tiroit son prix bien plus encore de ses vertus que de ses talens, qu’en produisant de lui, des choses dont il a dû rougir vis-à-vis de lui-même, la mémoire de Jean-Jaques est inaccessible aux outrages. Mais, prêtons-nous pour un instant aux idées de MM. les Rédacteurs, & supposons que ces lettres soient en effet indignes de Jean-Jaques, parce qu’elles sont écrites dans un langage un peu suranné. Que peut-on conclure contre la gloire d’un Auteur, de la disproportion du mérite de ses différentes productions ? Sans compter les Auteurs grecs & latins, dont il ne m’appartient pas de parler, ne pouvant les connoître que d’après des Traducteurs qui les défigurent, nos Auteurs