Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/43

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l’amour-propre & de l’amour social seroit à la fois le plus haut degré de la vertu & du bonheur : c’est à ce point que des lignes infinies de siecles tendront sans cesse, sans l’atteindre jamais : si les hommes avoient pu y arriver, ils ne formeroient tous ensemble qu’une famille.

La société générale se décompose en société politique & civile, & en individus ; la vertu de chaque individu ne sauroit mériter ce nom, qu’autant qu’elle travaille à sa conservation & à son bonheur, relativement à la conservation & au bonheur des différens ordres de sociétés dont il est membre ; toutes les vertus domestiques & civiles doivent être rapportées à ce principe & mesurées à cette regle ; elles s’ennoblissent & s’élevent à mesure qu’elles contribuent au bonheur d’un plus grand nombre d’hommes : ainsi la tempérance & le courage les deux vertus gardiennes de notre être, sont en même-tems la base de toutes les vertus d’un ordre supérieur.

La nature nous a environnés de biens & de maux : attirés par les uns, effrayés par les autres, l’excès des desirs & des craintes produit toutes les pallions qui nous rendent méchans & malheureux : la tempérance de l’ame & le courage sont la double force qui les modere : plus les desirs & les craintes sont modérés, plus le nombre & la vivacité des concurrences en tout sens diminuent : de-là coulent dans l’ordre civil l’humanité, la foi, la justice, le désintéressement, la générosité : dans l’ordre politique, la soumission aux loix, la fermeté contre les désordres intérieurs & les dangers du dehors : enfin cette modération seule peut adoucir les concurrences inévitables entre les sociétés politiques, calmer leurs défiances mutuelles