Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/77

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c’est que la foiblesse humaine ne le permet pas ; plus la loi est parfaite, plus elle est sujette à être violée.

C’est par une suite de cette même injustice qu’on ose nous faire un crime de l’attention même que nous avons à purger le théâtre d’expressions grossieres : c’est, dit-on, parce que nous avons l’imagination salie, que tout devient pour nous un sujet de scandale : faudra-t-il en conclure aussi, que ceux qui se plaisoient aux obscénités de Scarron & de Mont-Fleury avoient l’imagination pure ? Ces conséquences ferment à-peu-près aussi probables l’une que l’autre.

L’Auteur couronne sa satire par ce trait : tous les peuples barbares, ceux même qui sont sans vertu, honorent cependant toujours la vertu : au lieu qu’à force de progrès, les peuples savants & philosophes parviennent enfin à la tourner en ridicule & à la mépriser ; c’est quand une nation en est une fois à ce point ; qu’on peut dire que la corruption est au comble, & qu’il ne faut plus espérer de remede.

Si l’on juge de la seconde partie de cette proposition par la premiere, la réfutation n’en sera pas difficile : persuadera-t-on -en effet que l’humanité & le pardon des injures soient fort en honneur chez ces peuples qui se sont un devoir & un mérite de manger leurs ennemis ; que la chasteté, la pudeur & la modestie soient bien honorées dans un serrail, où le luxe de la volupté renferme autant de femmes qu’on en peut nourrir, ou parmi ces hommes qui sont tout nuds & chez qui les femmes sont communes ? La soumission aux loix sera-t-elle révérée par des peuples, qui n’en ont point ? La justice, la foi, la générosité inspireront-elles quelque respect à ces nations errantes