Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/175

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elle descendoit & marchoit aussi. Je la grondai long-tems de ce caprice & même je m’y opposai tout à fait, jusqu’à ce qu’elle se vît forcée enfin à m’en déclarer la cause. Je crus rêver, je tombai des nues, quand j’appris que mon ami M. de G

[auffecour] t, âgé de plus de soixante ans, podagre, impotent, usé de plaisirs & de jouissances, travailloit depuis notre départ à corrompre une personne qui n’étoit plus ni belle ni jeune, qui appartenoit à son ami ; & cela par les moyens les plus bas, les plus honteux, jusqu’à lui présenter sa bourse, jusqu’à tenter de l’émouvoir par la lecture d’un livre abominable & par la vue des figures infâmes dont il étoit plein. Thérèse, indignée, lui lança une fois son vilain livre par la portière ; & j’appris que, le premier jour, une violente migraine m’ayant fait aller coucher sans souper, il avoit employé tout le tems de ce tête-à-tête à des tentatives & des manœuvres plus dignes d’un satyre & d’un bouc que d’un honnête homme auquel j’avois confié ma compagne & moi-même. Quelle surprise ! quel serrement de cœur tout nouveau pour moi ! Moi qui jusqu’alors avois cru l’amitié inséparable de tous les sentimens aimables & nobles qui font tout son charme, pour la premier fois de ma vie je me vais forcé de l’allier au dédain & d’ôter ma confiance & mon estime à un homme que j’aime & dont je me crois aimé ! Le malheureux me cachoit sa turpitude. Pour ne pas exposer Thérèse, je me vis forcé de lui cacher mon mépris & de recéler au fond de mon cœur des sentimens qu’il ne devoit pas connaître. Douce & sainte illusion de l’amitié ! G

[auffecour] t