Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/217

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


quand elle l’apprenoit plus tôt que moi. De quel œil pouvais-je donc voir sa conduite fausse & mystérieuse ? Que devais-je penser sur-tout des sentimens qu’elle s’efforçoit de donner à sa fille ? Quelle monstrueuse ingratitude devoit être la sienne, quand elle cherchoit à lui en inspirer ?

Toutes ces réflexions aliénèrent enfin mon cœur de cette femme au point de ne pouvoir plus la voir sans dédain. Cependant je ne cessai jamais de traiter avec respect la mere de ma compagne & de lui marquer en toutes choses presque les égards & la considération d’un fils ; mais il est vrai que je n’aimois pas à rester long-temps avec elle & il n’est guère en moi de savoir me gêner.

C’est encore ici un de ces courts momens de ma vie où j’ai vu le bonheur de bien près sans pouvoir l’atteindre & sans qu’il y oit eu de ma faute à l’avoir manqué. Si cette femme se fût trouvée d’un bon caractère, nous étions heureux tous les trois jusqu’à la fin de nos jours ; le dernier vivant seul fût resté à plaindre. Au lieu de cela, vous allez voir la marche des choses, & vous jugerez si j’ai pu la changer.

Mde. le Vasseur, qui vit que j’avois gagné du terrain sur le cœur de sa fille, & qu’elle en avoit perdu, s’efforça de le reprendre ; & au lieu de revenir à moi par elle, tenta de me l’aliéner tout-à-fait. Un des moyens qu’elle employa fut d’appeller sa famille à son aide. J’avois prié Thérèse de n’en faire venir personne à l’Hermitage, elle me le promit.

On les fit venir en mon absence, sans la consulter, & puis on lui fit promettre de ne m’en rien dire. Le premier pas fait, tout le reste fut facile ; quand une fois on a fait à quelqu’un qu’on