Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/296

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dans toute sa contenance un air de trouble dont je fus d’autant plus frappé que cet air ne lui étoit point ordinaire, personne au monde ne sachant mieux qu’elle gouverner son visage & ses mouvements. Mon ami, me dit-elle, je pars pour Genève ; ma poitrine est en mauvais état, ma santé se délabre au point que, toute chose cessante, il faut que j’aille voir & consulter Tronchin. Cette résolution, si brusquement prise & à l’entrée de la mauvaise saison, m’étonna d’autant plus que je l’avois quittée trente-six heures auparavant sans qu’il en fût question. Je lui demandai qui elle emmèneroit avec elle. Elle me dit qu’elle emmèneroit son fils avec M. de Linant & puis elle ajouta négligemment : & vous, mon ours, ne viendrez-vous pas aussi ? Comme je ne crus pas qu’elle parlât sérieusement, sachant que dans la saison où nous entrions j’étois à peine en état de sortir de ma chambre, je plaisantai sur l’utilité du cortège d’un malade pour un autre malade ; elle parut elle-même n’en avoir pas fait tout de bon la proposition & il n’en fut plus question. Nous ne parlâmes plus que des préparatifs de son voyage, dont elle s’occupoit avec beaucoup de vivacité, étant résolue à partir dans quinze jours. Elle ne perdit rien à mon refus, ayant engagé son mari à l’accompagner.

Quelques jours après, je reçus de Diderot le billet que je vais transcrire. Ce billet seulement plié en deux, de manière que tout le dedans se lisoit sans peine, me fut adressé chez Mde. D’

[Epina] y, & recommandé à M. de Linant, le gouverneur du fils & le confident de la mère.