Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/349

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N’est-ce point encore ici la premiere origine de la haine couverte, mais implacable, d’une autre Dame qui étoit dans un cas pareil, sans que j’en susse rien, ni même que je la connusse quand j’écrivis ce passage ? Quand le livre se publia, la connoissance étoit faite & j’étois très-inquiet. Je le dis au chevalier de Lorenzi qui se moqua de moi, & m’assura que cette Dame en étoit si peu offensée qu’elle n’y avoit pas même fait attention. Je le crus, un peu légèrement peut-être, & je me tranquillisai fort mal à propos.

Je reçus à l’entrée de l’hiver une nouvelle marque des bontés de M. de M

[alesherbe] s à laquelle je fus fort sensible, quoique je ne jugeasse pas à propos d’en profiter. Il y avoit une place vacante dans le journal des savants. Margency m’écrivit pour me la proposer comme de lui-même. Mais il me fut aisé de comprendre, par le tour de sa lettre, qu’il étoit instruit & autorisé ; & lui-même me marqua dans la suite qu’il avoit été chargé de me faire cette offre. Le travail de cette place étoit peu de chose. Il ne s’agissoit que de deux extraits par mois dont on m’apporteroit les livres, sans être obligé jamais à aucun voyage de Paris, pas même pour faire au magistrat une visite de remerciement. J’entrois par-là dans une société de gens de lettres du premier mérite, MM. de Mairan, Clairaut, de Guignes & l’abbé Barthélemy, dont la connoissance étoit déjà faite avec les deux premiers, & très-bonne à faire avec les deux autres. Enfin, pour un travail si peu pénible, & que je pouvois faire si commodément, il y avoit un honoraire de huit cens francs attaché à cette place. Je fus indécis quelques heures avant que de