Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/367

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bien du travail, & de lui envoyer ce morceau comme la plus belle chose du monde ; en la prévenant toutefois, comme il étoit vrai, que j’avois brûlé l’original, que l’extroit étoit pour elle seule, & ne seroit jamais vu de personne, à moins qu’elle ne le montrât elle-même ; ce qui, loin de lui prouver ma prudence & ma discrétion, comme je croyois faire, n’étoit que l’avertir du jugement que je portois moi-même sur l’application des traits dont elle auroit pu s’offenser. Mon imbécillité fut telle, que je ne doutois pas qu’elle ne fût enchantée de mon procédé. Elle ne me fit pas là-dessus les grands complimens que j’en attendois, & jamais, à ma très grande surprise, elle ne me parla du cahier que je lui avois envoyé. Pour moi, toujours charmé de ma conduite dans cette affaire, ce ne fut que long-temps après que je jugeai, sur d’autres indices, l’effet qu’elle avoit produit.

J’eus encore, en faveur de son manuscrit, une autre idée plus raisonnable, mais qui, par des effets plus éloignés, ne m’a guère été moins nuisible ; tant tout concourt à l’œuvre de la destinée quand elle appelle un homme au malheur. Je pensai d’orner ce manuscrit des dessins des estampes de la Julie, lesquels dessins se trouvèrent être du même format que le manuscrit. Je demandai à C

[oindet] ces dessins, qui m’appartenoient à toutes sortes de titres, & d’autant plus que je lui avois abandonné le produit des planches, lesquelles eurent un grand débit. C

[oindet] est aussi rusé que je le suis peu. À force de se faire demander ces dessins, il parvint à savoir ce que j’en voulois faire. Alors, sous prétexte d’ajouter