Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/37

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capitaine aux gardes, venoit d’être nommé ambassadeur à Venise. C’étoit un ambassadeur de la façon de Barjac, auquel il faisoit assidûment sa Cour. Son frère le chevalier de M

[ontaigu] gentilhomme de la manche de Mgr. le Dauphin, étoit de la connoissance de ces deux Dames & de celle de l’abbé Alary de l’Académie françoise, que je voyois aussi quelquefois. Mde. de B

[rogli] e, sachant que l’ambassadeur cherchoit un secrétaire, me proposa. Nous entrâmes en pourparler. Je demandois cinquante louis d’appointement, ce qui étoit bien peu dans une place où l’on est obligé de figurer. Il ne vouloit me donner que cent pistoles & que je fisse le voyage à mes frais. La proposition étoit ridicule. Nous ne pûmes nous accorder. M. de F

[rancuei] l qui faisoit ses efforts pour me retenir, l’emporta.

Je restai & M. de M

[ontaigu] partit, emmenant un autre secrétaire appelé M. Follau, qu’on lui avoit donné au bureau des affaires étrangères. À peine furent-ils arrivés à Venise, qu’ils se brouillèrent. Follau, voyant qu’il avoit affaire à un fou, le planta là. Et M. de M

[ontaigu] n’ayant qu’un jeune abbé appelé M. de B

[ini] s, qui écrivoit sous le secrétaire & n’étoit pas en état d’en remplir la place, eut recours à moi. Le chevalier son frère, homme d’esprit, me tourna si bien, me faisant entendre qu’il y avoit des droits attachés à la place de secrétaire, qu’il me fit accepter les mille francs. J’eus vingt louis pour mon voyage & je partis.

À Lyon j’aurois bien voulu prendre la route du Mont-Cenis pour voir en passant ma pauvre maman. Mais je descendis