Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/391

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que je vous ai prodigués parmi eux : c’est vous qui me rendez le séjour de mon pays insupportable ; c’est vous qui me ferez mourir en terre étrangère, privé de toutes les consolations des mourans, & jeté pour tout honneur dans une voirie, tandis que tous les honneurs qu’un homme peut attendre, vous accompagneront dans mon pays. Je vous hais, enfin, puisque vous l’avez voulu ; mais je vous hais en homme encore plus digne de vous aimer, si vous l’aviez voulu. De tous les sentimens dont mon cœur étoit pénétré pour vous, il n’y reste que l’admiration qu’on ne peut refuser à votre beau génie, & l’amour de vos écrits. Si je ne puis honorer en vous que vos talens, ce n’est pas ma faute. Je ne manquerai jamais au respect qui leur est dû, ni aux procédés que ce respect exige."

Au milieu de toutes ces petites tracasseries littéraires, qui me confirmoient de plus en plus dans ma résolution, je reçus le plus grand honneur que les lettres m’oient attiré, & auquel j’ai été le plus sensible, dans la visite que M. le prince de Conti daigna me faire par deux fois, l’une au petit château, & l’autre à Mont-Louis. Il choisit même toutes les deux fois le tems que Mde. de Luxembourg n’étoit pas à Montmorenci, afin de rendre plus manifeste qu’il n’y venoit que pour moi. Je n’ai jamais douté que je ne dusse les premières bontés de ce prince à Mde. de Luxembourg & à Mde. de Boufflers ; mais je ne doute pas, non plus, que je ne doive à ses propres sentimens & à