Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/394

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pour Mde. d’H[...], je sentis que plus rien ne la pouvoit remplacer dans mon cœur, & je fis mes adieux à l’amour pour le reste de ma vie. Au moment où j’écris ceci, je viens d’avoir d’une jeune femme, qui avoit ses vues, des agaceries bien dangereuses, & avec des yeux bien inquiétants ; mais si elle a fait semblant d’oublier mes douze lustres, pour moi je m’en suis souvenu. Après m’être tiré de ce pas, je ne crains plus de chutes, & je réponds de moi pour le reste de mes jours.

Mde. de B

[ouffler] s s’étant apperçue de l’émotion qu’elle m’avoit donnée, put s’appercevoir aussi que j’en avois triomphé. Je ne suis ni assez fou, ni assez vain pour croire avoir pu lui inspirer du t à mon âge ; mais, sur certains propos qu’elle tint à Thérèse, j’ai cru lui avoir inspiré de la curiosité ; si cela est, & qu’elle ne m’oit pas pardonné cette curiosité frustrée, il faut avouer que j’étois bien né pour être victime de mes foiblesses, puisque l’amour vainqueur me fut si funeste, & que l’amour vaincu me le fut encore plus.

Ici finit le recueil des lettres qui m’a servi de guide dans ces deux livres. Je ne vais plus marcher que sur la trace de mes souvenirs : mais ils sont tels dans cette cruelle époque, & la forte impression m’en est si bien restée, que, perdu dans la mer immense de mes malheurs, je ne puis oublier les détails de mon premier naufrage, quoique ses suites ne m’offrent plus que des souvenirs confus. Ainsi, je puis marcher dans le livre suivant avec encore assez d’assurance. Si je vais plus loin, ce ne sera plus qu’en tâtonnant.

Fin du dixième Livre.