Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/418

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de M........s & au chevalier de L

[orenz] i qui m’en dit du bien. Je comptois que toutes ces productions rassemblées me vaudroient au moins, tous frais faits, un capital de huit à dix mille francs, que je voulois placer en rente viagère, tant sur ma tête que sur celle de Thérèse ; après quoi nous irions, comme je l’ai dit, vivre ensemble au fond de quelque province, sans plus occuper le public de moi, & sans plus m’occuper moi-même d’autre chose que d’achever paisiblement ma carrière en continuant de faire autour de moi tout le bien qu’il m’étoit possible, & d’écrire à loisir les mémoires que je méditais.

Tel étoit mon projet, dont la générosité de Rey, que je ne dois pas taire, vint faciliter encore l’exécution. Ce libraire, dont on me disoit tant de mal à Paris, est cependant, de tous ceux avec qui j’ai eu affaire, le seul dont j’aye eu toujours à me louer. Nous étions à la vérité souvent en querelle sur l’exécution de mes ouvrages ; il étoit étourdi, j’étois emporté. Mais en matière d’intérêt & de procédés qui s’y rapportent, quoique je n’aye jamais fait avec lui de traité en forme, je l’ai toujours trouvé plein d’exactitude & de probité. Il est même aussi le seul qui m’oit avoué franchement qu’il faisoit bien ses affaires avec moi ; & souvent il m’a dit qu’il me devoit sa fortune, en m’offrant de m’en faire part. Ne pouvant exercer directement avec moi sa gratitude, il voulut me la témoigner au moins dans ma gouvernante, à laquelle il fit une pension viagère de trois cents francs, exprimant dans l’acte que c’étoit en reconnoissance des avantages que je lui avois procurés. Il fit cela de lui à moi, sans ostentation, sans prétention, sans bruit, & si je n’en avois