Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/46

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l’ambassadeur, comme il étoit juste, en tout ce qui dépendit de moi. Irréprochable dans un poste assez en vue, je méritai, j’obtins l’estime de la république, celle de tous les ambassadeurs avec qui nous étions en correspondance & l’affection de tous les François établis à Venise, sans en excepter le consul même, que je supplantois à regret dans les fonctions que je savois lui être dues & qui me donnoient plus d’embarras que de plaisir.

M. de M

[ontaigu] , livré sans réserve au Marquis M

[ar] i, qui n’entroit pas dans le détail de ses devoirs, les négligeoit à tel point que sans moi les François qui étoient à Venise ne se seroient pas apperçus qu’il y eût un Ambassadeur de leur nation. Toujours éconduits sans qu’il voulût les entendre lorsqu’ils avoient besoin de sa protection, ils se rebutèrent & l’on n’en voyoit plus aucun ni à sa suite ni à sa table, où il ne les invita jamais. Je fis souvent de mon chef ce qu’il auroit dû faire : je rendis aux François qui avoient recours à lui & à moi tous les services qui étoient en mon pouvoir. En tout autre pays, j’aurois foit davantage ; mais ne pouvant voir personne en place à cause de la mienne, j’étois forcé de recourir souvent au consul : & le consul, établi dans le pays où il avoit sa famille, avoit des ménagemens à garder qui l’empêchoient de faire ce qu’il auroit voulu. Quelquefois cependant, le voyant mollir & n’oser parler, je m’aventurois à des démarches hasardeuses, dont plusieurs m’ont réussi. Je m’en rappelle une dont le souvenir me foit encore rire : on ne se douteroit guère que c’est à moi que les amateurs du spectacle à Paris ont dû Coralline