Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/56

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m’avoit rendu compte de ma commission devant tout le monde. Le soir, Vitali voulut me dire quelques mots d’excuse que je ne reçus point : Demain, monsieur, lui dis-je, vous viendrez me les faire à telle heure dans la maison où j’ai reçu l’affront & devant les gens qui en ont été les témoins ; ou après-demain, quoi qu’il arrive, je vous déclare que vous ou moi sortirons d’ici. Ce ton décidé lui en imposa. Il vint au lieu & à l’heure me faire des excuses publiques avec une bassesse digne de lui ; mais il prit à loisir ses mesures & tout en me faisant de grandes courbettes, il travailla tellement à l’italienne, que, ne pouvant porter l’Ambassadeur à me donner mon congé, il me mit dans la nécessité de le prendre.

Un pareil misérable n’étoit assurément pas foit pour me connaître ; mais il connoissoit de moi ce qui servoit à ses vues ; il me connoissoit bon & doux à l’excès pour supporter des torts involontaires, fier & peu endurant pour des offenses préméditées, aimant la décence & la dignité dans les choses convenables & non moins exigeant pour l’honneur qui m’étoit dû qu’attentif à rendre celui que je devois aux autres. C’est par là qu’il entreprit & vint à bout de me rebuter. Il mit la maison sens dessus dessous ; il en ôta ce que j’avois tâché d’y maintenir de règle, de subordination, de propreté, d’ordre. Une maison sans femme a besoin d’une discipline un peu sévère, pour y faire régner la modestie inséparable de la dignité. Il fit bientôt de la nôtre un lieu de crapule & de licence, un repaire de fripons & de débauchés. Il donna pour second gentilhomme à S. E.