Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/63

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prendre congé de M. l’ambassadeur d’Espagne, qui me reçut très bien, & du comte de Finochietti, ministre de Naples, que je ne trouvai pas, mais à qui j’écrivis & qui me répondit la lettre du monde la plus obligeante. Je partis enfin, ne laissant, malgré mes embarras, d’autres dettes que les empruns dont je viens de parler & une cinquante d’écus chez un marchand nommé Morandi, que Carrio se chargea de payer & que je ne lui ai jamais rendus, quoique nous nous soyons souvent revus depuis ce temps-là : mais quant aux deux empruns dont j’ai parlé, je les remboursai très exactement sitôt que la chose me fut possible.

Ne quittons pas Venise sans dire un mot des célèbres amusemens de cette ville, ou du moins de la très petite part que j’y pris durant mon séjour. On a vu dans le cours de ma jeunesse combien peu j’ai couru les plaisirs de cet âge, ou du moins ceux qu’on nomme ainsi. Je ne changeai pas de goût à Venise ; mais mes occupations, qui d’ailleurs m’en auroient empêché, rendirent plus piquantes les récréations simples que je me permettais. La premiere & la plus douce étoit la société des gens de mérite, MM. le Blond, de St. Cyr, Carrio, Altuna & un gentilhomme Forlan dont j’ai grand regret d’avoir oublié le nom & dont je ne me rappelle point sans émotion l’aimable souvenir : c’étoit, de tous les hommes que j’ai connus dans ma vie, celui dont le cœur ressembloit le plus au mien. Nous étions liés aussi avec deux ou trois Anglois pleins d’esprit & de connaissances, passionnés de la musique ainsi que nous. Tous ces Messieurs avoient leurs femmes, ou leurs amies ou leurs maîtresses,