Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/97

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Qu’on ne soit pas surpris de la grande politesse de cette lettre, comparée aux autres lettres demi-cavalières qu’il m’a écrites depuis ce temps-là. Il me crut en grande faveur auprès de M. de Richelieu ; & la souplesse courtisane qu’on lui connaît l’obligeoit à beaucoup d’égards pour un nouveau venu, jusqu’à ce qu’il connût mieux la mesure de son crédit.

Autorisé par M. de Voltaire & dispensé de tous égards pour Rameau, qui ne cherchoit qu’à me nuire, je me mis au travail & en deux mais ma besogne fut faite. Elle se borna, quant aux vers, à très peu de chose. Je tâchai seulement qu’on n’y sentît pas la différence des styles ; & j’eus la présomption de croire avoir réussi. Mon travail en musique fut plus long & plus pénible. Outre que j’eus à faire plusieurs morceaux d’appareil & entre autres l’ouverture, tout le récitatif dont j’étois chargé se trouva d’une difficulté extrême, en ce qu’il falloit lier, souvent en peu de vers & par des modulations très rapides, des symphonies & des chœurs dans des tons fort éloignés : car, pour que Rameau ne m’accusât pas d’avoir défiguré ses airs, je n’en voulus changer ni transposer aucun. Je réussis à ce récitatif. Il étoit bien accentué, plein d’énergie & sur-tout excellemment modulé. L’idée des deux hommes supérieurs auxquels on daignoit m’associer m’avoit élevé le génie ; & je puis dire que, dans ce travail ingrat & sans gloire, dont le public ne pouvoit pas même être informé, je me tins presque toujours à côté de mes modèles.

La pièce, dans l’état où je l’avois mise, fut répétée au