Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t17.djvu/132

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m’accordât du moins un délai raisonnable & peut-être l’hiver entier, pour me préparer à la retraite & pour en choisir le lieu.

En attendant la réponse, je me mis à réfléchir sur ma situation & à délibérer sur le parti que j’avois à prendre. Je vis tant de difficultés de toutes parts, le chagrin m’avoit si fort affecté, & ma santé en ce moment étoit si mauvaise, que je me laissai tout-à-fait abattre, & que l’effet de mon découragement fut de m’ôter le peu de ressources qui pouvoient me rester dans l’esprit, pour tirer le meilleur parti possible de ma triste situation. En quelque asyle que je voulusse me réfugier, il étoit clair que je ne pouvois m’y soustraire à aucune des deux manières qu’on avoit prises pour m’expulser : l’une, en soulevant contre moi la populace par des manœuvres souterraines ; l’autre, en me chassant à force ouverte, sans en dire aucune raison. Je ne pouvois donc compter sur aucune retraite assurée, à moins de l’aller chercher plus loin que mes forces, & la saison ne sembloient me le permettre. Tout cela me ramenant aux idées dont je venois de m’occuper, j’osai désirer, & proposer qu’on voulût plutôt disposer de moi dans une captivité perpétuelle, que de me faire errer incessamment sur la terre, en m’expulsant successivement de tous les asiles que j’aurois choisis. Deux jours après ma premiere lettre, j’en écrivis une seconde à M. de Graffenried pour le prier d’en faire la proposition à LL. EE. La réponse de Berne à l’une, & à l’autre fut un ordre conçu dans les termes les plus formels & les plus durs, de sortir de l’isle & de tout le territoire médiat &