Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t17.djvu/17

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ligue avec les favorites & les ministres avoit toujours paru avantageuse aux uns & aux autres contre leurs ennemis communs. La Cour paroissoit ne se mêler de rien, & persuadé que si la société recevoit un jour quelque rude échec, ce ne seroit jamais le parlement qui seroit assez fort pour le lui porter ; je tirois de cette inaction de la Cour le fondement de leur confiance & l’augure de leur triomphe.

Enfin, ne voyant dans tous les bruits du jour qu’une feinte & des pièges de leur part, & leur croyant dans leur sécurité du tems pour vaquer à tout, je ne doutois pas qu’ils n’écrasassent dans peu le jansénisme & le parlement & les encyclopédistes, & tout ce qui n’auroit pas porté leur joug, & qu’enfin s’ils laissoient paroître mon livre, ce ne fût qu’après l’avoir transformé, au point de s’en faire une arme, en se prévalant de mon nom pour surprendre mes lecteurs.

Je me sentois mourant ; j’ai peine à comprendre comment cette extravagance ne m’acheva pas : tant l’idée de ma mémoire déshonorée après moi, dans mon plus digne & meilleur livre, m’étoit effroyable. Jamais je n’ai tant craint de mourir, & je crois, que si j’étois mort dans ces circonstances, je serois mort désespéré. Aujourd’hui même que je vais marcher sans obstacle à son exécution le plus noir, le plus affreux complot qui jamais oit été tramé contre la mémoire d’un homme, je mourrai beaucoup plus tranquille, certain de laisser dans mes écrits un témoignage de moi, qui triomphera tôt ou tard des complots des hommes.