Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t17.djvu/376

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c’est précisément pour cela que je crains de ne le pouvoir faire : il ne m’est pas donné d’avoir tant de plaisir. Au reste je ne prévois d’obstacle vraiment dirimant que la durée de mon état présent qui ne me permettroit pas d’entreprendre un voyage quoiqu’assez court. Quant à la volonté, je vous jure qu’elle y est toute entière de même que la sécurité. J’ai la certitude que vous ne voudriez pas m’exposer, & l’expérience que votre hospitalité est aussi sûre que douce. De plus, le refuge que je suis venu chercher au rein de votre nation sans précaution d’aucune espèce, sans autre sûreté que mon estime pour elle, doit montrer ce que j’en pense, & que je ne prends pas pour argent comptant les terreurs que l’on cherche à me donner. Enfin, quand un homme de mon humeur, & qui n’a rien à se reprocher veut bien, en se livrant sans réserve à ceux qu’il pourroit craindre, se soumettre aux précautions suffisantes pour ne les pas forcer à le voir :*

[*M. Rousseau avoir changé de nom, & pris celui de Renou.] assurément une telle conduite marque non pas de l’arrogance mais de la confiance ; elle est un témoignage d’estime auquel on doit être sensible, & non pas une témérité dont on se puisse offenser. Je suis certain qu’aucun esprit bien fait ne peut penser autrement.

Comptez donc, mon illustre ami, qu’aucune crainte ne m’empêchera de vous aller voir. Je n’ai rien altéré du droit de ma liberté, & difficilement serois-je jamais de ce droit un usage plus agréable que celui que vous m’avez proposé. Mais mon état présent ne me permet cet espoir qu’autant qu’il changera en mieux avec la saison ; c’est de quoi je ne