Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t17.djvu/418

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ceux qu’elle a cru à propos de prendre pour mon voyage en Dauphiné : ces arrangemens dépendent de l’accord de personnes qui ne se rencontrent pas souvent ; & quelle que soit la générosité de cœur de ce grand Prince, de quelque extrême bonté qu’il m’honore, vous sentez qu’il n’est pas, ni ne sauroit être occupé de moi seul, & la chose du monde qui fait le mieux son éloge, est qu’il ne se soit pas encore ennuyé de tous les soins que je lui ai coûtés. J’attends donc sans impatience ; mais en attendant, ma situation devient, à tous égards, plus critique de jour en jour, & l’air marécageux & l’eau de Bourgoin m’ont fait contracter depuis quelque temps, une maladie singulière dont, de manière ou d’autre, il faut tâcher de me délivrer. C’est un gonflement d’estomac très - considérable & sensible même au-dehors, qui m’oppresse, m’étouffe & me gêne au point de ne pouvoir plus me baisser, & il faut que ma pauvre femme ait la peine de me mettre mes souliers, &c. Je croyois d’abord d’engraisser, mais la graisse n’étouffe pas ; je n’engraisse que de l’estomac, & le reste est tout aussi maigre qu’à l’ordinaire. Cette incommodité qui croît à vue d’œil, me détermine à tâcher de sortir de ce mauvais pays le plutôt qu’il me sera possible, en attendant que le Prince ait jugé à propos de disposer de moi. Il y a dans ce pays à demi-lieue de la ville, une maison à mi-côte, agréable, bien située, où l’eau & l’air sont très-bons, & où le propriétaire veut bien me céder un petit logement que j’ai dessein d’occuper. La maison est seule, loin de tout village, & inhabitée dans cette saison. J’y serai seul avec ma femme