Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t17.djvu/67

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de sa mère, avoit été élevé avec assez de soin, & son éducation lui avoit profité. Il avoit acquis beaucoup de demi-connoissances, quelque goût pour les arts, & il se piquoit sur-tout d’avoir cultivé sa raison : son air hollandois, froid, & philosophe, son teint basané, son humeur silencieuse & cachée, favorisoient beaucoup cette opinion. Il étoit sourd & goutteux, quoique jeune encore. Cela rendoit tous ses mouvemens fort posés, fort graves, & quoiqu’il aimât à disputer, généralement il parloit peu, parce qu’il n’entendoit pas. Tout cet extérieur m’en imposa. Je me dis, voici un penseur, un homme sage, tel qu’on seroit heureux d’avoir un ami. Pour achever de me prendre, il m’adressoit souvent la parole, sans jamais me faire aucun compliment. Il me parloit peu de moi, peu de mes livres, très peu de lui ; il n’étoit pas dépourvu d’idées, & tout ce qu’il disoit étoit assez juste. Cette justesse & cette égalité m’attirèrent. Il n’avoit dans l’esprit ni l’élévation, ni la finesse de celui de milord Maréchal, mais il en avoit la simplicité ; c’étoit toujours le représenter en quelque chose. Je ne m’engouai pas, mais je m’attachai par l’estime & peu-à-peu cette estime amena l’amitié, & j’oubliai totalement avec lui l’objection que j’avois faite au baron d’H

[olbac] k, qu’il étoit trop riche.

Pendant assez long-temps, je vis peu D. P

[eyro] u, parce que je n’allois point à Neuchâtel, & qu’il ne venoit qu’une fois l’année à la montagne du colonel Pury. Pourquoi n’allois-je point à Neuchâtel ? C’est un enfantillage qu’il ne faut pas taire.

Quoique protégé par le roi de Prusse & par milord Maréchal,