Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t17.djvu/74

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devenues ? Quelqu’un avoit-il mis la main sur mes papiers, pendant quelques mois qu’ils étoient restés à l’hôtel de Luxembourg ? Cela n’étoit pas concevable, & j’avois vu M. le Maréchal prendre la clef de la chambre où je les avois déposés. Comme plusieurs lettres de femmes, & toutes celles de Diderot étoient sans dates, & que j’avois été forcé de remplir ces dates de mémoire, & en tâtonnant, pour ranger ces lettres dans leur ordre, je crus d’abord avoir fait des erreurs de dates, & je passai en revue toutes les lettres qui n’en avoient point, ou auxquelles je les avois suppléées, pour voir si je n’y trouverois point celles qui devoient remplir ce vide. Cet essai ne réussit point ! Je vis que le vide étoit bien réel, & que les lettres avoient bien certainement été enlevées. Par qui, & pourquoi ? Voilà ce qui me passoit. Ces lettres, antérieures à mes grandes querelles, & du tems de ma premiere ivresse de la Julie, ne pouvoient intéresser personne. C’étoient tout au plus quelques tracasseries de Diderot, quelques persiflages de Deleyre ; & des témoignages d’amitié de Mde. de C

[henonceau] x & même de Mde. D’

[Epina] y, avec laquelle j’étois alors le mieux du monde. À qui pouvoient importer ces lettres ? Qu’en voulait-on faire ? Ce n’est que sept ans après que j’ai soupçonné l’affreux objet de ce vol. Ce déficit bien avéré me fit chercher parmi mes brouillons si j’en découvrirois quelque autre. J’en trouvai quelques-uns qui, vu mon défaut de mémoire, m’en firent supposer d’autres dans la multitude de mes papiers. Ceux que je remarquai furent le brouillon de la Morale sensitive, & celui de l’extroit des Aventures de milord Edouard. Ce dernier,