Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/102

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L’ame s’éleve, le cœur s’enflamme à la contemplation de ces divins modeles ; à force de les considérer, on cherche à leur devenir semblable, & l’on ne souffre plus rien de médiocre sans un dégoût mortel.

N’allons donc pas chercher dans les livres des principes & des regles que nous trouvons plus surement au dedans de nous. Laissons à toutes ces vaines disputes des philosophes sur le bonheur & sur la vertu ; employons à nous rendre bons & heureux le tels qu’ils perdent à chercher comment on doit l’être, & proposons-nous de grands exemples à imiter, plutôt que de vains systêmes à suivre.

J’ai toujours cru que le bon n’étoit que le beau mis en action, quel’un tenoit intimement à l’autre, & qu’ils avoient tous deux une source communes dans la nature bien ordonnée. Il suit de cette idée que le goût se perfectionne par les mêmes moyens que la sagesse, & qu’une ame bien touchée des charmes de la vertu doit à proportion être aussi sensible à tous les autres genres de beautés. On s’exerce à voir comme à sentir, ou plutôt une vue exquise n’est qu’un sentiment délicat & fin. C’est ainsi qu’un peintre, à l’aspect d’un beau paysage ou devant un beau tableau, s’extasie à des objets qui ne sont pas même remarqués d’un spectateur vulgaire. Combien de choses qu’on n’aperçait que par sentiment & dont il est impossible de rendre raison ! Combien de ces je ne sais quoi qui reviennent si fréquemment & dont le goût seul décide ! Le goût est en quelque maniere le microscope du jugement ; c’est lui qui m & les petits objets à sa portée, & ses opérations commencent où s’arrêtent celles du dernier. Que faut-il