Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/21

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inouis, les Géans, les Pygmées, les chimeres de toute espece ; tout pourroit être admis spécifiquement dans la Nature : tout seroit défiguré, nous n’aurions plus de modele commun ? Je le répete, dans les Tableaux de l’humanité chacun doit reconnoître l’homme.

R. J’en conviens, pourvu qu’on sache aussi discerner ce qui fait les variétés de ce qui est essentiel à l’espece. Que diriez-vous de ceux qui ne reconnoîtroient la nôtre que dans un habit à la Françoise ?

N. Que diriez-vous de celui qui, sans exprimer ni traits ni taille, voudroit peindre une figure humaine, avec un voile pour vêtement ? N’auroit-on pas droit de lui demander où est l’homme ?

R. Ni traits, ni taille ? Êtes-vous juste ? Point de gens parfaits : voilà la chimere. Une jeune fille offensant la vertu qu’elle aime, & ramenée au devoir par l’horreur d’un plus grand crime ; une amie trop facile, punie enfin par son propre cœur de l’excès de son indulgence ; un jeune homme honnête & sensible, plein de foiblesse & de beaux