Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/222

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un mortel a pris ma figure pour le troubler, & m’a laissé mon cœur pour me rendre plus misérable.

J’abjure, je déteste un forfait que j’ai commis, puisque tu m’en accuses, mais auquel ma volonté n’a point de part. Que je vais l’abhorrer, cette fatale intempérance qui me paroissoit favorable aux épanchemens du cœur, & qui put démentir si cruellement le mien ! J’en fais par toi l’irrévocable serment, dès aujourd’hui je renonce pour ma vie au vin comme au plus mortel poison ; jamais cette liqueur funeste ne troublera mes sens ; jamais elle ne souillera mes levres, & son délire insensé ne me rendra plus coupable à mon insçu. Si j’enfreins ce vœu solennel ; Amour, accable-moi du châtiment dont je serai digne : puisse à l’instant l’image de ma Julie sortir pour jamais de mon cœur, & l’abandonner à l’indifférence & au désespoir.

Ne pense pas que je veuille expier mon crime par une peine si légere. C’est une précaution & non pas un châtiment. J’attends de toi celui que j’ai mérité. Je l’implore pour soulager mes regrets. Que l’amour offensé se venge & s’appaise ; punis-moi sans me hair, je souffrirai sans murmure. Sois juste & sévere ; il le faut, j’y consens ; mais si tu veux me laisser la vie, ôte-moi tout, hormis ton cœur.