Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/238

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en est tems encore. Ecarte ton ami avant qu’on en parle ; préviens des soupçons naissans que son absence fera surement tomber : car enfin, que peut-on croire qu’il fait ici ? Peut-être dans six semaines,dans un mois, sera-t-il trop tard. Si le moindre mot venoit aux oreilles de ton pere, tremble de ce qui résulteroit de l’indignation d’un vieux militaire entêté de l’honneur de sa maison, & de la pétulance d’un jeune homme emporté qui ne sait rien endurer : mais il faut commencer par vuider de maniere ou d’autre l’affaire de Milord Edouard ; car tu ne ferois qu’irriter ton ami, & t’attirer un juste refus, si tu lui parlois d’éloignement avant qu’elle fût terminée.

LETTRE LVII. DE JULIE.

Mon ami, je me suis instruite avec soin de ce qui s’est passé entre vous & Milord Edouard. C’est sur l’exacte connoissance des faits que votre amie veut examiner avec vous comment vous devez vous conduire en cette occasion d’après les sentimens que vous professez, & dont je suppose que vous ne faites pas une vaine & fausse parade.

Je ne m’informe point si vous êtes versé dans l’art de l’escrime, ni si vous vous sentez en état de tenir tête à un homme qui a dans l’Europe la réputation de manier supérieurement les armes, & qui s’étant battu cinq ou six fois en